Dans l’histoire des territoires ultramarins, le BUMIDOM occupe une place particulière. Pour certains, il représente une opportunité de trouver un emploi et de construire une nouvelle vie. Pour d’autres, il reste associé à une période douloureuse, marquée par l’éloignement, les difficultés d’adaptation et le sentiment d’avoir été éloigné de sa terre.
Créé en 1963 par l’État français, le Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer (BUMIDOM) avait pour mission d’organiser et d’accompagner les migrations depuis les départements d’outre-mer vers l’Hexagone.
Entre 1963 et 1981, environ 160 000 personnes originaires de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane et de La Réunion quittent ainsi leur territoire pour s’installer en France hexagonale.
Une réponse aux difficultés économiques des territoires
Dans les années 1960, les départements d’outre-mer connaissent d’importantes difficultés économiques. Le chômage est élevé et les possibilités d’emploi sont limitées.
Dans le même temps, la France métropolitaine connaît une forte croissance économique pendant la période des Trente Glorieuses et manque de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs.
Le BUMIDOM devient alors un outil permettant d’organiser cette migration. Les personnes volontaires sont accompagnées dans leur départ et orientées vers des emplois dans différents domaines : administration, industrie, services, bâtiment ou encore santé
Le rêve d’une nouvelle vie
Pour beaucoup de candidats au départ, l’Hexagone représente l’espoir d’un avenir meilleur.
Certains partent seuls, avec l’envie de travailler et d’aider leur famille restée au pays. D’autres font ensuite venir leurs proches, participant progressivement à la création de nouvelles communautés ultramarines dans plusieurs villes françaises.
Mais le voyage est aussi un grand bouleversement.
Quitter son île ou son territoire, c’est découvrir un nouvel environnement : un climat différent, de nouvelles habitudes, une autre manière de vivre et parfois une grande solitude.
Pour certains arrivants, l’adaptation est difficile. La distance avec la famille, le changement culturel et certaines expériences de discrimination marquent durablement les parcours.
Entre intégration et blessures
Les migrants ultramarins ont participé au développement de la France d’après-guerre. Ils ont travaillé dans de nombreux secteurs et ont contribué à la vie économique, sociale et culturelle de l’Hexagone.
Cependant, dès les années 1960 et 1970, des critiques apparaissent autour du fonctionnement du BUMIDOM. Certains dénoncent une politique qui encourage le départ des populations ultramarines plutôt que de favoriser suffisamment le développement économique local.
Des personnalités comme Aimé Césaire critiquent cette politique, qu’elles considèrent comme une forme de déracinement organisé.
Les témoignages de nombreux migrants rappellent également les difficultés rencontrées à leur arrivée et le sentiment de ne pas toujours avoir été accueillis comme ils l’espéraient.
La fin du BUMIDOM
En 1982, le BUMIDOM disparaît et est remplacé par l’Agence nationale pour l’insertion et la protection des travailleurs d’outre-mer (ANT), avec une nouvelle approche de l’accompagnement des mobilités ultramarines.
Aujourd’hui encore, l’histoire du BUMIDOM continue de faire débat. Elle appartient à la mémoire collective des territoires ultramarins.
Des enfants entre deux horizons
Pour certains, l'exode lié au BUMIDOM reste une histoire douloureuse. Pour d'autres, il a représenté une véritable chance.
Dans les territoires ultramarins, ceux qui sont partis ont parfois été perçus comme ayant abandonné, voire renié, leur terre. Un regard qui existe encore aujourd'hui.
Beaucoup rêvent pourtant de revenir vivre au pays. Mais après des années passées dans l'Hexagone, les habitudes de vie et de travail ont changé. Le retour n'est pas toujours simple et certains se sentent parfois étrangers dans leur propre terre.
Les enfants et petits-enfants du BUMIDOM grandissent souvent entre deux cultures, portant à la fois l'héritage du territoire d'origine et celui de la vie construite ailleurs.
Pas d'ici, pas tout à fait de là-bas... Pourtant, le cœur, lui, sait d'où il vient.