Nous sommes le

Pour Emi, l'art n'est pas qu’une activité que l'on exerce, c'est une manière d'être au monde, un engagement total, physique, émotionnel et psychologique.

L'acrylique, l'huile, la sculpture, la résine, la peinture murale, le street art ou la performance ne sont que des langages.

Ce qui compte, c'est ce qu'ils rendent possible : se reconnecter à soi, exprimer ce qui ne trouve pas toujours les mots et aller à la rencontre de l'autre. Pour elle, une œuvre n'est jamais une fin. C'est le début d'un dialogue.


visuel

Emi grandit à Córdoba, grande ville étudiante d'Argentine. En Argentine, l'art est partout. Il vit dans les institutions comme dans la rue. Populaire, engagé, éducatif, parfois militant, il fait partie du quotidien. Pourtant, choisir d'en faire son métier n'a rien d'une évidence. L'art y est souvent considéré comme une manière de penser le monde davantage que comme une profession.

Plus manuelle qu'artiste, mais déjà attirée autant par les relations humaines que par la création, elle s'oriente vers un cursus mêlant art et psychologie. Au fil de ses études, la création prend une place de plus en plus importante dans sa vie. Elle découvre une véritable passion, au point d'envisager sérieusement de devenir artiste. Elle décide alors de quitter la psychologie. Par prudence, elle entreprend en parallèle une formation d'enseignante.

Les journées sont consacrées au professorat, les soirées aux Beaux-Arts. Le rythme est intense. Elle obtient son diplôme d'enseignante, mais c'est dans les ateliers, les échanges, les matières et la création qu'elle se sent pleinement à sa place.Elle poursuit ensuite un master consacré aux pratiques artistiques et au travail social, une formation qui marque profondément sa manière d'envisager son métier.

À 22 ans, elle ressent le besoin de découvrir un autre horizon.Elle quitte son Argentine natale avec des rêves plein la tête et rejoint la France pour poursuivre son parcours universitaire. Après quatorze heures de vol, elle atterrit à l'aéroport Charles-de-Gaulle... en pleine grève.
Comme un avant-goût de ce qui l'attend

Très vite, elle se heurte à une réalité qu'elle n'avait pas anticipée : la langue. Pendant six mois, elle suit des cours intensifs de français avant de pouvoir réellement s'exprimer. Mais parler une langue ne signifie pas encore en maîtriser les codes. Son accent reste présent. Son tempérament sud-américain aussi. Elle parle spontanément, avec chaleur et beaucoup d'expressivité. Les différences culturelles provoquent parfois des incompréhensions. Créer des liens devient plus difficile qu'elle ne l'avait imaginé, lui donnant le sentiment de ne jamais être tout à fait à sa place. Il lui faudra près de deux ans pour se sentir véritablement à l'aise en français.

Lorsque son compagnon, francophone, et elle réfléchissent à leur avenir, la Guyane apparaît comme une évidence. Un compromis pour leur couple, mais surtout un territoire dans lequel Emi retrouve quelque chose de son pays : une diversité culturelle, une proximité avec la nature, des langues qui se croisent et un sentiment de liberté. Elle s'y installe et construit progressivement sa place. Les rencontres deviennent des projets. Les projets deviennent des expositions, des ateliers, des collaborations.De mission en mission, souvent grâce au bouche-à-oreille, elle développe une pratique où l'art dialogue avec le social. La Guyane ne transforme pas seulement son parcours, elle imprègne peu à peu son regard. Sans même qu'elle en ait pleinement conscience, ses paysages, ses couleurs, ses lumières et l'immensité des espaces s'invitent dans son travail. Les mouvements de la nature, la végétation, les fleuves, le vivant deviennent une source d'inspiration discrète mais constante.

Dans ses oeuvres, la couleur occupe une place essentielle. Elle y voit une forme de poésie, un langage capable de transmettre ce que les mots peinent parfois à exprimer. Les teintes sont douces, fluides, harmonieuses. Les formes semblent en mouvement, légères, presque organiques. Rien n'est laissé au hasard : chaque composition cherche un équilibre, chaque détail porte une intention. Les regards de ses personnages attirent particulièrement l'attention. Ils racontent une présence, une sensibilité, une intensité. On y devine une curiosité pour le monde, une passion pour le vivant et cette volonté constante d'aller à la rencontre de l'autre.

Avec les années, son travail évolue. Sans renier cet engagement, elle ressent le besoin de revenir à l'essentiel. Aujourd'hui, ce qui l'anime de plus en plus, c'est la transmission : partager une manière de regarder le monde, susciter une émotion, éveiller une sensibilité. Faire de l'art un espace d'échange plutôt qu'un simple outil d'intervention sociale. Elle refuse les cases et les définitions figées. Ce qu'elle cherche avant tout, c'est une forme de liberté intérieure. À travers ses peintures, ses sculptures, ses fresques murales ou ses performances, elle affirme une conviction profonde : l'art est avant tout un chemin.

Son équilibre se nourrit de choses simples. Quelques dessins griffonnés sur un bout de papier. Le sport, pour retrouver le corps. La lecture, pour nourrir la pensée. Autant de respirations qui nourrissent silencieusement son travail. L'art lui a permis de trouver sa place, sans jamais chercher à paraître. Aujourd'hui, plus qu'un métier, il est devenu une manière d'habiter le monde. Une manière de transmettre, à son tour, cette liberté qu'elle est venue chercher en créant.

Une oeuvre n'est jamais une finalité, mais un point de départ.