Nous sommes le

Kric !...

Parfois, les plus petits portent les plus grands chagrins. Mais la nature sait écouter ceux que personne n'entend.

Krac ! Il suffit d'une graine, d'une chanson et d'un peu d'espoir pour que le destin prenne un tout autre chemin.


visuel

Une fillette orpheline vivait avec la nouvelle épouse de son père. Cette dernière raffolait des oranges, mais en privait sa fille adoptive.

Tous les jours, elle en mangeait trois : une le matin, une autre le midi, la dernière au crépuscule.

Un après-midi, sa belle-mère étant au champ, la fillette mangea la dernière orange. Inquiète des suites de son larcin, l'enfant s'empressa de planter une graine du fruit dans la terre, espérant la voir germer et remplacer l'orange volée. Ne voyant rien pousser, la petite se mit à chanter :

Ti pye zoranj, leve, leve, ti pye zoranj (bis)
Dous pase siwo
Zoranj lan dous alimando
Zoranj lan men fi a wa
Zoranj lan dous pase siwo.

P'tit oranger, lève-toi, lève-toi, p'tit oranger (bis)
Plus doux que sirop
L'orange est doux, aliment doux
Me voilà, fille de roi
Plus douce que sirop.

À sa grande surprise, elle vit sortir un plant.

Trouvant le résultat trop mince, elle chanta de nouveau pour activer la pousse :

Ti pye zoranj, pouse, pouse...

P'tit oranger, pousse, pousse...

Le plant prit de la vigueur et déploya quelques feuilles. Mais trouvant la croissance encore incertaine, la fillette chanta sans arrêt pour faire grandir l'oranger, le faire fleurir, le faire porter des fruits, puis faire mûrir les oranges.

Les oranges devinrent d'un jaune vif, sanguinolent. La fillette se préparait à en cueillir une pour la rapporter à la case quand elle s'entendit héler par sa marâtre. Elle rentra.

— Où est l'orange laissée sur la table ? demanda la femme, les yeux exorbités et le visage en colère.

— Je n'en sais rien, répondit la fillette, prise de peur.

— Ah ! Tu l'as mangée, scélérate. Je te tuerai !

Là-dessus, elle saisit la fillette par les cheveux, s'empara du long couteau de cuisine et sortit dans le jardin pour l'immoler.

La fillette supplia sa belle-mère de l'épargner, lui promettant de la conduire à un oranger donnant des oranges encore plus succulentes que les siennes.

Arrivée devant l'arbuste chargé de fruits, la belle-mère s'y précipita. Elle grimpa sur l'oranger et dévora une première orange, puis une autre, puis une autre encore.

La fillette se mit alors à chanter en direction de l'oranger pour lui ordonner de grandir.

L'arbre grandit, poussa encore, monta toujours plus haut.

Quand les branches touchèrent le firmament, la fillette chanta pour faire casser le tronc.

L'arbre se rompit dans un immense craquement, précipitant la belle-mère dans le vide.

Elle s'écrasa au sol et mourut.

Je passais par là quand j'assistai à cette scène.


- image : CD KANJIL - L'oranger magique (Ti pye zoranj)