Nous sommes le

Est-ce zôtt con-naitt lu «ça ça yé du ça ça yé ça»
Du an touff zicaque ? La sabb-la ka fini, là zhebb ka coumencé, An-ni gadé an touff zicaque.

Ven-a ka soufflété-ï, Lan mè ka malmin-nin-ï jou lan mè enragé, Cabritt ka plein cô-yo épi feuill verni-a, Mé zicaque ka tchimbé raide.

An zicaque cé an fruit, tout grignin, tout foixé;

La peau-ï ka sen-m trop lage Pareil an vié fan-m maigg adan gôlle jeunesse-li.


visuel
La Tartane, 
Avan-ou trappé chumin « pété zôteil »
Côté La Caravelle, 
Bod-Ian-mè, bô sabb-la, en mitan touff zicaque
An vié cô té bati an bel ti l'ajoupa
Épi feuille coco, planche palmiss, clou crochu,
Épi du temps en temps an gros nœud codd-mahaut
Là ça té ka brin-nin.
An lapôte gran rouvè pou la brise visité-ï,
Rentré, sôti, con an voisin qui ka pron-m-nin.
I té fait an pari épi Zombi, épi cyclone
Qu-u a-ï-en pa sé fait-ï pati là-ï té planté.

Ça té an vaillant bougg.
En temps i té jun-n gen i té allé la ghiè'.
Quand i té ruviré i té juss prend an fan-m :
Ça assez pou-ou compren-n i té ni l'èspérience.
Loss fan-m-la mo i té rété vingt ans tout seul
Pou ruposé vieu cô-ï
Juss temps jeunesse-li ruvini.

1 té ni an gommier, an pirogue du confiance,
Oti trou té bouché épi fon bon-m fe-blan.
Mangé-ï té ti mangé mé mangé gadd-mangé-ï.
Jôdi ça tè an crabb, fouillapain, chou dachine,
Dumain deu trois pisquette.
L'heù la saison vini an mouchouè titiri.
Dè-ï-è caille-la an pied piment,
Pa piment ti bétise mé gros piment capresse;
Douvan caille-la, serré, toutt feuill-yo en dentelle
An bel touff ban-nan-n jône.
En l'ai caille-la trois pied-coco
Té ka joué l'éventail.
Cout'la-ï té pluss filé :
Le lendemain deux ou trois petits poissons,
Et la saison venue un plein mouchoir de titiris *.
Derrière sa case il y avait un pied de piments,
Pas de ces piments de plaisanterie, mais de gros piments câpresses *.
Devant la case, serrés l'un contre l'autre et leurs feuilles en dentelle,
Des bananiers en belle touffe
Portant bananes jaunes à bouillir.
Au-dessus de la case trois cocotiers
Jouaient de l'éventail auprès d'un arbre-à-pain.
Son coutelas était des mieux affilés

On eût dit le tranchant d'une herbe de para *.
Et ce coutelas valait autant contre les serpents
Que pour tailler un cure-dents.
Et son bakoua * était pointu comme un clocher d'église.

Il avait une maxime :
«Le rhum c'est le rhum et l'eau c'est de l'eau.
Si vous ne voulez pas les voir se battre,
Gardez-vous de les mélanger.
Chacun doit choisir son temps pour descendre dans le gosier
Si l'un est bon, l'autre n'est pas du tout mauvais,
Mais trop de l'un vous procure un ventre enflé
Et trop de l'autre des yeux rétrécis. »

Il avait une berceuse de rotin pour faire l'aristocrate
Et un hamac pour sa sieste.
Il possédait un petit coq de combat «gros-sirop»
Et une poulette «paille».
Ils vivaient en bon voisinage avec un «cochon-étagère»
Haut sur pattes, plat des flancs.
Une jolie jeune hindoue nommée Sésséyana,
Pieds nus et madras jaune sur la tête,
La nuit comme le jour, le jour comme la nuit,
Chantait sans s'arrêter en lui faisant son petit ménage.

C'était un grand bel homme avec un teint de pain brûlé
Portant cheveux bouclés
Mais tout de même un peu longs et négligés par-derrière,
À la gauloise.
Et quel était le nom de ce bonhomme ?
Un nom tel que Monsieur Rotschild serait tombé raide mort à l'entendre,
Étouffé par la jalousie, s'il avait débarqué à la Martinique,
Car c'était le nom d'un homme quatre fois plus riche que lui,
Puisque les poches de son pantalon débordaient de bonheur.
Et ce nom était : «Compère Zicaque ».
Et pourquoi donc l'appelait-on : Compère Zicaque ?
Primo : il vivait au milieu des icaques.
Deuxio : sa figure était plus ridée qu 'une icaque.
i Ou sé di an tranchan zhebb para,
Aussi bon pou sèpent qu-u pou taillé cur'-dent.
Et bakoua-ï té pointu con an clocher l'église.

1 té ni an maxime :
«Rhon-m cé rhon-m, dleau cé dleau.
Si-ou pa lé yo goumin, prend gadd mélangé yo.
Chaque sé doué choisi temps-ï pou descen-n dan gosié.
Si yon-n bon, lôtt-la pa mauvé pièce,
Mé tropp du yon-n cé gros boudin
Et tropp du lott cé piti zieu ! »
I té ni an ti coq, an coq-gain-m gros sirop
Epi an poulette paille.
Yo té ka vive en voisinage épi an cochon l'étagè
Rhô assou pied platt côté rein-ï.
I té ni an berceuse rotin pou fait l'aristocrate
Et an rhan-mac pou la siess-li.
An bel ti fille couli yo té crié Sésséyana,
Pied nu, madras jône assou tête,
Nuitt con jou, jou con nuitt,
Té ka chanté tou-longg pou fait ti-ménage-li.

Ça té an bel grand bougg chuveu bouclé
Mé ti-brin Gaulois dè-ï-è tête malgré ça.
Ça qui té nom bougg-la?
An nom mussieu Rotchild sé ké tombé raidd-mo,
Touffé du jalousie si-ï té vini la Matnique
Piss ça té ta an nhon-m quatt fois plu riche passé-ï,
Piss deu poche pantalon-ï té ka débôdé content'ment,
Qui vaut mille fois l'agent.

Nom-a ça té Compè Zicaque.
Et pou qui ça yo té crié-ï Compè Zicaque?
Compè Zicaque pou quatt raison.
Primo : i té ka vive en mitan pied zicaque.
Deuzio : figu-u-ï té ni pluss ride qu'u an zicaque.
Tertio : la peau-ï té sen-m jône caco con zicaque.
Et quatrio : cé moin qui batisé-ï malgré man pa labbé.
I té sa ri, couri, chanté cantique,
Dansé lagghia, bombé biguine,
Et main-yen grand cout'la-ï con an ti cigarette.
I té sa di : «Pôv'ti yiche ! Pôv' ti bête ! »
Mé man-man-ï té oublié appren-n-li
Coumen-ï sé doué fait pou-ï sa faché.

I pa té jin allé pièce l'école qu-u l'école Cabouilla.
Mé i té save empile bagage rhazié ka appren-n nhon-m.
Tertio : sa peau était jaune et brune comme une icaque.
Et quarto parce que c'est moi qui l'ai baptisé ainsi
Bien que je ne sois pas curé.

Il savait rire, courir, chanter des cantiques,
Danser le lagghia, se livrer corps et âme à la biguine 
Et manier son grand coutelas
Comme si c'était une cigarette légère.
Il savait dire : «Pauvre petit enfant! Pauvre petite bête!»
Mais sa mère avait oublié de lui apprendre
Comment faire pour se mettre en colère.

Il n 'avait fréquenté nulle école 
Si ce n'est l'école «Cabouilla».
Mais il savait bien des choses que les huiliers enseignent aux hommes.
Il savait deviner
Les sentiers du plaisir, les chemins du chagrin
Que suit le sang au fond du cœur des gens.
Il connaissait la Martinique comme la paume de sa main.
Il était le grand ami des petits enfants et des grandes perso
Tous les anolis * le hélaient : «Hold, vieux frère !
Arrête-toi donc un brin pour nous donner des nouvelles !»

La case, la mer,
UJ pirogue, le petit coq, le cochon,
Les bananes jaunes, les cocos verts,
Un pied de piments capresses pour des blaffs succulents, 
Deux ou trois petits bâtons de chocolat
Les dimanches après-midi,
Un petit punch, un petit «sec»,
Et une jeune demoiselle indienne avec qui vous n 'êtes pas marié,
Mais qui est plus qu 'épousée,
Car l'amour c'est l'amour,
Qui ne vous a jamais mal parlé
Et à qui vous ne sauriez mal parler,
Une fille qui est même plus jolie qu'un coquillage,
Une fille que vous appelleriez « la source des félicités ».
Que peut faire de plus le Bon Dieu pour le bonheur d'un chrétien ?

À la fête du Quatorze Juillet
Je suis allé voir Compère Zicaque qui est mon ami.
Nous avons bu le petit vermouth et une bonne bavaroise.
J'avais apporté un vieuxfusil du temps des Anglais
Très, très rouillé mais qui savait pétarader.
Nous tirâmes en l'air une douzaine de coups
Et nous criâmes : « Vive la République! »
Et puis nous nous sommes mis à causer, à causer jusqu'au soir.

Au moment où le clair de lune commença à arroser la mer
I té sa duviné
Sentier plési, chumin chagrin
Sang-a ka suive en fond tcheù moune.
1 té con-naitt la Matinique con platt lan main-ï.
1 té bon zan-mi grand bolon-m, ti bolon-m.
Chaque zandoli té ka rhélé-ï :
« Rho ! vieu frè, rété ti-tac pou di nou ça qui nove !»

Caille-la, lan mè,
Pirogue-la, cochon-a, ti coq-la,
Ban-nan-n jone, coco vè,
An pied piment capresse pou blaff à la bighioule,
Deu trois ti baton caco doux les dimanche apré-midi,
An ti punch, an ti sec,
An ti man-m-zelle coulie ou pa ma-ï-é épi-ï
Mé qui pluss qu-u ma-ï-é pass l'an-mou cé l'an-mou,
Qui pa ka babillé-ou, qu-u-ou pa jin babillé,
An fille qui min-m plus bel passé an coquillage,
An fille ou sé crié «la fontaine des doucines»
Ça Bon-Dieu peu baille pluss pou bon-nheù an chrétien ?

La fête Quatôze Juillet
Man allé ouè Compè Zicaque qui bon zanmi-moin.
Nou bouè ti vermouth-la et an bon bavaroise.
Man té pôté an vié fisil en temps Zanglais,
Rouillé, rouillé, mé qui té ka pété sec.
Nou tiré an douzin-n coup en l'ai et nou crié :
« Vive la République ! »
Épi nou palé, nou palé, nou palé juss au souè.

Loss clai-d-lune-la coumencé rousé lan mè-a
Epi an la poussiè vè-bouteille,
Juss temps lan mè-a tounin
An grand cou-bouillon la lune
Épi an ti sentier myosotis
Pou-ou sa jambé-ï san mouillé pied-ou.
Cé deu boutt-Ia nou té ka fumin
- (An cadeau jou-d-l'an ti cécé-ï Macouba) -
Té ka sen-m deu ti bête-à-feu
En pron-m-nade
Dan an lan nuitt tranquille con poule qui ka dômi.
Nou té ka ten-n lan mè-a chanté tou-douce
An grand : « Chou-a-a ! Chou-a-a-a ! »
An mangniè pou di ti vent-a qui té ka caressé-ï :
« Man content-ou... »

Aloss nou couché dan sabb-la qui prend-nou adan bra-ï
Pareil an man-man-yiche.
Nou rété an bon moment san palé, san palé.
D'une poussière de verre pilé
Jusqu'à ce que la mer fùt devenue
Un grand court-bouillon de lune,
Avec un petit sentier de myosotis en diamant
Pour qu'on pùt la traverser
Sans se mouiller les pieds.
Les deux longs et minces cigares de campagne que nous fumions,
- Cadeau du jour de l'an de sa sœur cadette du Macouba -
Semblaient être deux petites lucioles en promenade
Dans une nuit tranquille comme une poule endormie.
Nous entendions la mer chanter tout doucement
Son grand «Chou-a-a! Chou-a-a!»
C'était sa facon de dire à la brise qui la caressait :
«Je t'aime!»

Alors nous nous couchâmes dans le sable qui nous prit dans ses bras
Comme ferait une mère de ses enfants
Et nous demeurâmes là un long moment sans parler.
C'était la paix des étoiles sur la terre, la paix des hommes,
Tout simplement.

Et puis Compère Zicaque me dit :
« Puisque tu as fréquenté l'école,
Et puisque tu portes un crayon derrière l'oreille
Comme un vrai charpentier,
Quand le jour se lèvera prends ton crayon
Et écris tout ce que je t'ai raconté
Car c'est la vérité.
Les pays, les hommes, les femmes, les bêtes,
M'ont parlé et moi je t'ai parlé.
Transcris tout cela car c'est la vérité.
Ce sont les Fables de Compère Zicaque. »

Tout le monde connaît les icaques si âcres.
Mais derrière l'âcreté il y a le doux.
La vérité, c'est doux, c'est âcre,
Comme les icaques