Écrite par Mademoiselle, jeune auteure guyanaise en herbe, ce texte révèle une plume en pleine exploration, expérimentant le suspense, les ambiances immersives et le flux de conscience. Entre tension urbaine et solitude, elle plonge le lecteur dans l’esprit de son personnage avec une écriture spontanée et vivante.
Comme elle le rappelle elle-même : « Ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui le traversons », une phrase qui résonne comme un fil conducteur de ses récits et de sa sensibilité.
Paris - 03h30 du matin.
L’heure où les démons se réveillent. L’heure où une jeune fille ne devrait pas marcher seule dans le Quartier Latin. L’ombre n’est bonne qu’aux songes et aux angoisses.
Elle aurait dû le savoir. Elle le savait.
Pourquoi ? Parce qu’elle est fière. Parce qu’elle est féministe. Elle n’a besoin de personne, encore moins de ce sale bonhomme de Juan.
En même temps, qu’espérait-elle ? Il l’avait draguée en boîte alors que sa petite copine leur commandait à boire. Qu’est-ce qu’elle croyait ? Que son charme brésilien, ses boucles d’ébène, ses yeux vert-noisette n’avaient d’effet que sur elle ? Pensait-elle être unique, au point qu’il lui donne son numéro tout en repartant au bras de sa blonde du moment ?
Tout ça pour quoi ? Pour qu’il lui annonce qu’il se mariait avec son amour de toujours. Emma. La caliente Emma, ses grosses boucles rousses ondulant le long de ses hanches, rebondissant contre ses reins.
Même elle avait succombé à son charme. Pas une once de jalousie, non. Juste l’illusion d’avoir été choisie. Il était à elle. Elle était l’élue.
Elle n’avait pas vu les signaux.
Pourtant, il lui avait pris une chambre dans un hôtel trois étoiles à son arrivée de Buenos Aires. Un mois plus tard, il l’avait hébergée. Il avait remplacé son vieux clic-clac par un canapé d’angle, accroché des rideaux aux fenêtres. Elle qui croyait l’avoir rendu meilleur. Quelle idiote. Deux semaines s’étaient transformées en trois mois, puis six. Et maintenant, c’était pour la vie. Il était passé un soir, lui avait dit que c’était fini, et il était reparti. Et aujourd’hui, il était là, avec elle. Emma. Son fin doigt de porcelaine orné de la plus belle bague qu’elle ait jamais vue.
Lui qui n’avait même pas assez pour lui payer un kebab... Cet enfoiré était plein aux as. Et s’il ne travaillait pas, ce n’était pas parce qu’il était un incompris, mais parce que Monsieur avait fait un bel investissement en bourse. Trois années à vivre sur les deniers de ses conquêtes, histoire de faire fructifier son pactole.
Et les voilà, tous les deux, à l’anniversaire de Sylvie, prêts à jouir de l’amour. Lui, plus beau que jamais, en pantalon – lui, Monsieur Bermuda, même en hiver. Rasé, coiffé, parfumé. Tout sourire. À annoncer à tout le monde son mariage imminent et la grossesse récente. Putain, ce qu’il avait l’air heureux. Putain de merde, ça faisait mal.
Alors oui, elle a bu. Un peu. Un peu de tout. Un peu beaucoup. Mais l’after dans leur cocon d’amour…
