Certaines blessures ne se résument pas à un événement.
Elles s'installent lentement, façonnent le regard que l'on porte sur soi et finissent par dicter une existence entière.
Il faut parfois une vie pour reprendre le pouvoir sur son histoire et ne plus laisser les épreuves que d'autres nous ont imposées définir qui nous sommes.
Très jeune, Sarah-Aude apprend que son corps attire des regards qu'elle ne comprend pas encore.
À 16ans, lorsqu'elle est victime d'une première agression, elle découvre une seconde violence, plus insidieuse : celle du doute, des reproches et de la culpabilité. Au lieu d'être protégée, elle a le sentiment d'être interrogée, soupçonnée, presque responsable de ce qui lui est arrivé.
On lui fait comprendre qu'elle aurait dû voir le danger, qu'elle aurait dû écouter, qu'elle aurait pu éviter ce qui lui est arrivé. Sans le vouloir, son entourage installe en elle une culpabilité qui ne lui appartient pourtant pas et elle finit par penser que sa souffrance n'a pas de valeur, elle se referme sur elle-même.
Cette culpabilité devient un poids qu'elle portera seule. Alors, lorsqu'une nouvelle épreuve survient, elle choisit le silence. Elle refuse d'affronter une nouvelle fois le regard des siens, les doutes, les démarches et le sentiment d'une justice qui ne répare pas.
Les conséquences restent profondes : la victime est celle qui doit se justifier, expliquer, prouver ce qu'elle a vécu, tandis que les responsables ne sont, pour la plupart, jamais réellement condamnés. Alors, peu à peu, une question s'impose à elle : à quoi bon parler ?
En quittant sa ville pour Paris, elle pense pouvoir tourner la page. Elle découvre la liberté, la musique, une vie intense...
Mais une nouvelle agression sexuelle fait voler en éclats l'équilibre qu'elle tentait de reconstruire. Cette fois encore, les démarches sont longues, éprouvantes, et le combat judiciaire semble presque aussi difficile que les faits eux-mêmes. Peu à peu, tout s'effondre.
Elle s'isole, quitte son travail. Elle ne supporte plus les autres. Pour anesthésier la douleur, elle sombre dans les addictions et la vie nocturne, cherchant à oublier ce qu'elle ne parvient plus à affronter.
Jusqu'au jour où une nouvelle agression manque de lui coûter la vie.
À cet instant, quelque chose bascule. Elle comprend que si elle ne se sauve pas elle-même, personne ne le fera.
La reconstruction sera longue. Bien plus longue que la descente.
Elle recommence par de petites victoires : trouver un travail, reprendre des études, retrouver une discipline. Mais surtout, elle entreprend de se réapproprier un corps qu'elle avait longtemps vécu comme une source de souffrance et de danger.
Le sport devient son langage. La boxe thaï, la danse, puis le bodybuilding lui permettent peu à peu de reconstruire ce que les violences avaient détruit : la confiance, la force, l'estime de soi. Chaque entraînement est une manière de reprendre possession d'elle-même.
Cette renaissance ne se fait pas en quelques mois. Elle demande des années…



