Alycia DoMaso est une drag guyanaise basée à Toulouse. Sur scène, son drag est dynamique et féroce, un mélange de provocation et de puissance.
Mais Alycia c’est avant tout l’histoire de Sallen.
Guyanais d’origine brésilienne, Sallen grandit à Kourou, entouré de femmes fortes et dynamiques. Avec son frère, il évolue au sein de cette sororité et se voit imposer la danse, passion de ses sœurs. Il apprend à leurs côtés sans réelle passion, si ce n’est celle du temps passé ensemble. À la maison, Sallen, c’est le petit frère, un peu efféminé, le cobaye préféré pour la danse. Mais à l’école, il est le « makoumé », le pédé. On lui reproche d’être trop féminin, trop maniéré.
Ici, c’est la Guyane. Le rejet ne porte pas tant sur ta sexualité que sur ce que tu choisis de montrer. Être gay, c’est une chose. Être efféminé en est une autre. Tu peux être gay, mais sois un homme, ne le montre pas. Et c’est encore un peu comme ça aujourd’hui.
Bien qu’il y ait des familles très fermées sur le sujet, ce n’est pas le cas de celle de Sallen, mais le harcèlement constant, et surtout le rejet social, le poussent à arborer une attitude plus masculine. Et c’est ainsi qu’il donne ses premiers shows, sur les planches du rejet. Car Sallen, c’est un communicant. C’est une diva. Il aime parler, échanger. Il a besoin de l’autre. Il n’a pas honte, n’est pas complexé, mais ses premiers amours se feront discrets, dans l’ombre, par facilité et pour sa tranquillité.
Puis il part pour la France, travail dans la restauration, en laissant cette peau virile dans un coin du grenier de son devenir. Il est Sallen tous les jours : efféminé, mais accepté. Mais Sallen est un peu plus qu’efféminé, et ça, ça devient un problème. Il découvre l’homophobie à travers une bouteille de verre projetée sur lui et son compagnon, alors qu’ils se tenaient la main dans la rue. Cette violence gratuite le pousse à se modérer, à se canaliser. Fini les mains dans la main, les gestes trop dérangeants aux yeux de la société. Ici c’est la France, et la France est dure pour ceux qui ne suivent pas la norme.
Car Sallen, c’est un tout: un peu gay, un peu efféminé, un peu mat de peau, un peu brésilien mais surtout Guyanais. Il parle fort, dit ce qu’il pense, n’a pas de tabous, et ça aussi, ça dérange. Alors il se renferme. Mais il étouffe en lui-même. Sallen a besoin de l’autre.
Lors d’une soirée, il rencontre RuPaul, à travers Drag Race. C’est une révélation. Il est fasciné, et il se voit, s’imagine se projette. C’est quelque part le premier cri d’Alycia qui dit : « j’existe, je suis là ». Comme un bébé, Alycia fait ses premiers pas. On naît diva, mais on ne naît pas drag. Il apprend à se maquiller, à performer, mais plus que tout, il est enfin vu aux yeux de tous.
Entre temps il aura trouver l’amour, quelqu’un qui l’aimera tout simplement sans demander rien d’autre que ce qu’il est, l’accompagnera et le soutiendra par son non-jugement. Et ça, ça fait toute la différence. Alycia est son cri de révolte contre une société qui ...
