Des trésors enfouis quelque part dans la terre guyanaise. Des fortunes oubliées, des lieux gardés secrets et, parfois, des morts chargés de veiller sur l’or.
Depuis des générations, ces histoires nourrissent l’imaginaire autour des richesses perdues de la Guyane. Parmi les personnages auxquels la tradition prête de tels trésors, les Jésuites occupent une place particulière.
Mais que racontent réellement ces légendes ? Et surtout, que se passe-t-il lorsque quelqu’un croit enfin avoir trouvé l’endroit où dort le trésor ?
Auxence Contout rapporte ici l’une de ces histoires, où l’or ne se laisse pas toujours prendre aussi facilement qu’on pourrait le croire.
La Montagne d’Argent a-t-elle été ainsi appelée en raison du reflet argenté des nombreuses feuilles de bois canon qui peuplent cette région ou plutôt du fait que les Jésuites y ont enseveli plusieurs trésors que l’on rêve un jour d’exhumer ?
Car pour déterrer ces richesses fabuleuses, il faut connaître le sésame qui leur donne le visa de sortie de leur trou.
Surtout si, dans la cachette profonde, le corps d’un esclave a été placé pour veiller sur le magot.
La coutume, en effet, était d’ensevelir l’or en le recouvrant du cadavre d’un nègre mandaté pour empêcher cette fortune de remonter à la surface.
Mais un mort qui surveille le trésor peut fort bien consentir à vous le donner. Dans ce cas, il vous avertit en rêve et vous donne le secret et l’endroit précis de la fouille à faire.
Pourquoi avait-on caché cet argent ? Soit en attendant de faire des transactions commerciales, soit parce qu’il n’existait pas de relations commerciales en vue.
Mais lorsque l’âme de l’esclave mort était rendue libre, le fameux trésor pouvait être enfin retiré de sa cachette.
Celui qui avait repéré un emplacement de richesse avait beau creuser nuit et jour, l’or bien gardé par un squelette d’esclave continuait à descendre au fond du trou dans un grondement assourdissant. Autrement dit, vous ne pouvez vous emparer de ce qui ne vous est pas destiné.
source : Contes et légendes de Guyane de Auxence Contout © Maisonneuve et Larose, 2003