Dans les vieux récits de Guyane, certaines créatures traversent la nuit entre le monde des hommes et celui des esprits. Parmi elles figure la Louve à crinière, séduisante et insaisissable, capable de prendre l’apparence d’une femme pour attirer ceux qui croisent sa route. Son histoire raconte une rencontre avec Diable rouge, faite de désir, de ruse et de vengeance, dont naîtront deux êtres redoutés des contes guyanais.
Déesse Louve à crinière était délicate et précieuse, aimée des hommes pour son élégance. Ces derniers lui vouaient un culte.
Difficile à satisfaire, elle changeait constamment d’amant, cherchant aussi bien chez les hommes que chez les dieux de quoi satisfaire son appétit vorace. Elle se métamorphosait en de délicieuses jeunes femmes et séduisait les plus sages.
Diable rouge lui-même, pourtant un coureur invétéré, tomba dans ses filets. Toujours en quête d’aventures, déguisé en beau jeune homme, il la croisa sur la place des Palmistes. Attifée de ces vêtements qui mettent à nu les dons que le ciel accorde à certaines femmes, elle se pavanait, vers le milieu de l’après-midi, une ombrelle à la main.
Il la courtisa, essuya un de ces refus faits de minauderies qui, s’ils découragent les tièdes, excitent les plus ardents. Dès lors, Diable rouge la rejoignit tous les jours, se faisant pressant. Toujours courtois, il la raccompagnait à sa demeure, un charmant studio.
Elle sut contenir ses assauts tout en s’efforçant de ne pas l’irriter. Aussi, quand son excitation fut à son comble, lui céda-t-elle. Diable rouge consomma sans modération l’amour, atteignant le firmament. Les amants, épuisés, s’endormirent dans les bras l’un de l’autre.
La chaleur des rayons du soleil réveilla la louve. Elle lança un cri d’horreur, car, les sortilèges tombés, à ses côtés reposait Diable rouge. Elle tenta prudemment de se dégager, mais le diable avait les griffes puissantes : elle y perdrait des poils. Tant pis. Délicatement, elle se glissa hors du lit et s’enfuit à travers bois jusqu’à sa tanière.
Diable rouge se réveilla sur le coup de onze heures. Il se trouva seul. Une forte odeur de loup emplissait la pièce. Reniflant le drap, il y trouva les poils dont ses griffes étaient remplies. Il avait été joué. Rugissant de colère, il se mit en quête de la louve, bien décidé à se venger. Cette dernière se terrait dans sa tanière, ne sortant que la nuit et se nourrissant de petits rongeurs.
De cette idylle naquirent deux louveteaux : loup-garou Zoukougnangnan et loup-garou sans peau.